Manifeste pour les allées d'arbres

Les allées d'arbres - arbres plantés à intervalles réguliers de part et d'autre d'une route ou d'un chemin - sont l'héritage d'une riche tradition européenne, liée à l'art des jardins. Cette tradition a rayonné à travers l'Europe depuis le 16ème siècle. Le patrimoine des allées est ainsi un patrimoine culturel que nous avons en commun, avec ses caractéristiques propres dans chaque pays, chaque région, chaque allée.

Outre les raisons pratiques, les allées ont aussi été plantées, de tout temps, pour leur dimension esthétique. Aujourd'hui encore, elles affirment les infrastructures avec élégance dans le paysage. Elles constituent une architecture vivante, caractérisée par la succession des troncs et la voûte de verdure. Elles transforment les infrastructures routières en itinéraires sensibles, changeants au fil des heures et au gré des jeux de lumière et des saisons.

Les allées jouent aussi un rôle important pour la biodiversité : en tant que biotopes, en tant que corridors écologiques, et parce que leurs voûtes permettent le franchissement des routes au-dessus des véhicules. Elles réduisent les pics de ruissellement, régulent les températures, captent les polluants et les fines particules émis par les véhicules, jouant un rôle important pour la santé et la qualité de vie.

Les allées sont enfin créatrices de valeur pour toute la filière de l'arbre, pour le tourisme et pour l'habitat.

Cet intérêt multiple des allées est reconnu par la réglementation de certains pays, qui restreignent l'abattage et imposent des compensations sous forme de replantations. Pourtant, le patrimoine européen des allées est partout menacé, avec des dizaines de milliers d'arbres abattus chaque année et des plantations insuffisantes pour compenser les abattages. Les protections réglementaires existantes ne sont pas toujours suffisantes ou bien elles sont contournées par de nouvelles règles qui rendent le maintien et la plantation des arbres techniquement et économiquement impossibles.

Cette situation s'explique principalement par une approche de la sécurité routière axée sur les conséquences des accidents (rôle aggravant des arbres en cas de sortie de route) plutôt que sur les causes : on préconise ainsi la suppression des arbres, leur éloignement du bord de chaussée ou leur isolement par des glissières de sécurité. La juste compassion éprouvée face à la cruauté des accidents de la route pourrait nous entraîner à conclure que ces mesures sont justifiées. Pourtant, ce serait faire abstraction des données objectives en matière de risque : l’analyse des données d’un échantillon représentatif de départements français montre que le niveau de sécurité routière ne dépend pas de la présence ou non d'arbres d’alignement. Que les arbres soient protégés ou non par des glissières, qu’ils soient situés à moins de 4 m ou à plus de 4 m du bord de chaussée, cela ne semble pas modifier le résultat de l'étude ("Infrastructures. Alignements d'arbres et sécurité routière", RGRA n° 891, 2011).

 

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Mis à jour (Mercredi, 19 Mars 2014 21:17)