La restauration des édifices anciens

Par William Morris


Il est impossible de discuter la légitimité du traitement que nous faisons subir aux oeuvres laissées par nos prédécesseurs, sans tenir compte du grand changement qui s'est insinué dans le monde transformant la nature de son sentiment et de sa connaissance de l'histoire. Autrefois, en effet, on se délectait dans la lecture et l'écriture des accomplissements de ceux qui nous avaient précédés ; on les considérait avec respect ou bien on les maudissait, selon les cas, mais en fait on savait bien peu de chose de leurs vies réelles et de leur véritable signification. Nos ancêtres se représentaient tout ce qui avait eu lieu dans le passé exactement comme les mêmes faits leur seraient apparus à leur propre époque. Ils jugeaient le passé et les hommes du passé - selon les critères de leur propre époque. Et ces temps anciens étaient si pleins qu'ils n'avaient nul loisir pour spéculer sur les développements du passé ou de l'avenir. Il vaut à peine de souligner combien la situation est maintenant différente. La prise de conscience toujours plus forte du présent, tout en nous montrant combien des hommes en apparence animés des mêmes passions que nous étaient en réalité différents... Cette prise de conscience tout en soulignant cette différence, nous a néanmoins rivés au passé de telle sorte qu'il fait partie intégrante de notre vie et même de notre propre développement. Ce fait, j'ose l'affirmer, n'est encore jamais survenu auparavant. C'est un fait complètement nouveau et en tant que tel il exige que nous regardions et traitions ces reliques du passé de façon adéquate... et les intégrions en quelque sorte comme le mobilier de notre vie quotidienne.

Il est commun de nous voir lancer à la figure, à nous qui tentons de nous opposer à la constante modernisation du cadre ancien, que ceux qui bâtirent les oeuvres que nous tentons de protéger n'agissaient nullement comme nous souhaitons voir agir nos architectes d'aujourd'hui ; que les hommes de toutes les générations successives détruisaient et reconstruisaient au gré de leur convenance ou de leur plaisir... Je ne me prononcerai pas sur le fait qu'ils aient eu raison ou tort/ et dirai seulement qu'ils agissaient sous l'emprise de la nécessité. C'était là une question d'historicité...

Mais, je le répète, nous autres qui appartenons à ce siècle, nous avons t'ait une découverte impossible aux âges précédents, autrement dit nous savons désormais qu'aucune nouvelle splendeur ni aucun tableau moderne ne peut remplacer pour nous la perte d'un travail ancien qui est une authentique oeuvre d'art. Cette découverte entraîne deux conséquences pratiques :1) qu'il vaut la peine de faire de grands sacrifices pour préserver de tels ouvrages ; 2) que les préserver signifie les conserver dans l'état où ils nous ont été transmis, c'est-à-dire d'une part identifiables en tant que reliques historiques et non modèles de différentes catégories d'objets et d'autre part dans leur rôle d'oeuvres d'art authentiques, exécutées par des artistes qui étaient libres de les exécuter autrement s'ils le désiraient, et n'ayant par conséquent rien à voir avec les faux-semblants que produisent les machines.

Mis à jour (Samedi, 25 Septembre 2010 15:22)