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PREMIER JOUR

Début du voyage par la visite du musée construit autour de l’ancienne chapelle de l’archevêché de Cologne par l’architecte suisse Peter Zumthor. Consensus sur la qualité de l’architecture. La simplicité, le souci du détail minimaliste et abouti de la prestation architecturale ainsi que l’intelligence du programme, qui autour des ruines réalise une enveloppe généreuse pour créer de vastes salles en balcons sur la ville emporte l’adhésion du groupe. Toutefois la muséographie qui oppose les vestiges délicats du moyen age retrouvés dans les décombres de la chapelle bombardée en 1945, à une exposition d’art contemporain ou d’installations ne retiendra pas l’approbation de l’ensemble des ABF.

Poursuite de la visite par la mine de charbon de Zeche Zollern à Dortmund. Cet ancien carreau de mine, tout en métal de style art nouveau, conservé en situation proche du centre, abrite un musée d’histoire sociale et des civilisations de l’industrie minière de la Ruhr. Toujours à Dortmund visite de l’ancien dépôt des tramways reconverti en centre culturel avec restaurant, grande halle lumineuse jouxtée par les ateliers supportant les activités culturelles et le restaurant. Dernière visite par une opération de 245 logements sociaux contemporains sur une unité foncière anciennement occupée par une usine de composants électriques pour la mine dont le bâtiment des bureaux conservé supporte aussi quelques logements.

DEUXIÈME JOUR

Après avoir quitté Dortmund, nous prenons la route de Waltrop, ville d’environ 30 000 habitants. Madame le Maire et la responsable du parc des écluses nous accueillent et nous font visiter ce site compris dans la grande trame verte de l’IBA. L’IBA est en effet intervenu sur le « Schleusenpark » en prenant en charge la signalisation, les pistes cyclables et la mise en réseau avec 8 autres sites. Il s’agit d’un ensemble d’écluses et d’ascenseurs à bateaux au croisement de trois canaux. L’élément le plus impressionnant est sans nul doute l’ascenseur à bateaux datant de 1899 et qui fonctionne avec un système de flotteurs (cinq cylindres de 33 mètres de haut).

Nous poursuivons notre visite de Waltrop avec l’ancien carreau de mines aujourd’hui transformé en parc d’activités économiques. Cet ensemble minier en fonctionnement de 1905 à 1979 avait la particularité d’être une propriété de l’Etat de Prusse (le personnel d’encadrement avait par conséquent le statut de fonctionnaire). Nous avons visité l’ancienne halle aux machines transformée en bureaux (système de la « boîte » dans la « boîte »), ainsi que le bâtiment abritant la machine à vapeur construite par Krupp pour le fonctionnement des ascenseurs du chevalement des puits. Après avoir déjeuné dans le restaurant des magasins Manufaktum, nous quittons Waltrop pour Gelsenkirchen.

L’ancien carreau de mines de Nordstern se caractérise par une grande cohérence architecturale (bâtiments à structure métallique sobre et remplissage en briques, le tout conçu par des architectes proches du mouvement du Bauhaus). Après avoir visité les bureaux de l’entreprise THS et grimpé au sommet de l’ancien chevalement, nous avons parcouru le parc paysager et profité du festival d’Heavy metal se déroulant sur le site... Après avoir rejoint Duisburg, nous avons visité en soirée le « Landschaftspark » illuminé avant de le découvrir plus en détails le lendemain matin.

TROISIÈME JOUR

La journée a commencé par la visite du site industriel de « Landschaftspark Duisburg-Nord » en compagnie de Dirk Büsching, directeur du parc. Créée en 1917, cette ancienne aciérie, a été aménagée en parc paysager après sa fermeture en 1985. L’opération de reconversion se distingue par l’originalité de son traitement architectural et paysager et par la diversité des fonctions réunies sur le site : mémoire industrielle, activités sportives, dispositifs ludiques, aménagements écologiques, équipements culturels et de loisirs cohabitent dans un parc urbain de 200 hectares. Les installations industrielles, particulièrement spectaculaires, ont été intégralement conservées, certaines réutilisées et d’autres simplement sécurisées afin de permettre une libre déambulation du promeneur. D’anciens bunkers à la silhouette de fortifications antiques ont été aménagées en murs d’escalade. Une cuve de gazomètre accueille un club de plongée sous-marine. Un ancien fourneau sert de fond de scène à un cinéma de plein air. Une enfilade de salles des machines offre un décor atmosphérique aux espaces bars. L’intérieur d’un silo rebaptisé « la basilique » héberge une salle de concert. Un hangar aux dimensions généreuses est aménagé en espace multifonctions d’une capacité de 5000 spectateurs. Démesure et authenticité sont les caractéristiques principales de ce projet de reconversion soucieux de préserver l’esprit du lieu. Le projet est également exemplaire du point de vue économique. Le coût d’investissement s’élève à un total de 90 millions d’euros réunis grâce à un montage financier regroupant la ville, l’IBA et l’Europe. Cet investissement a permis la création d’environ 300 emplois répartis dans une trentaine d’organisations à vocations multiples gérés par la municipalité propriétaire du parc. Le coût de gestion du site est estimé à 5 millions d’euros par an, dont la moitié est consacrée à l’entretien des installations industrielles. Cette somme est prise en charge, à parts égales, par la municipalité, le Land et l’organisme de gestion du site dont les revenus sont assurés par les bénéfices provenant des manifestations et des 700 000 visiteurs annuels.

La matinée a ensuite été consacrée à la visite du port intérieur de Duisburg qui a fait l’objet d’un projet de reconversion ambitieux. Ce port, prospère depuis le moyen âge grâce au commerce fluvial, a été baptisé la « corbeille à pain » de la Ruhr en raison de l’important développement de silos à blé et de moulins le long du canal de jonction au cours du XIXe siècle. La baisse d’activité après la seconde guerre mondiale a entraîné l’abandon et la disparition progressive de ces installations emblématiques.

En 1991, Norman Foster a été retenu par la municipalité pour étudier la requalification urbaine du quartier. Le Master plan a été élaboré autour de deux idées directrices : le passé industriel du lieu et la démarche écologique inspirée par la présence de l’eau. Au centre du quartier, le canal de jonction a été aménagé en vaste marina sur laquelle les voiliers croisent canoës et pédalos en tous genres Le long des berges du canal principal, les immeubles de bureaux côtoient les masses de briques des anciens silos réhabilités, parmi lesquels l’impressionnant musée d’art moderne Küppersmühle aménagé par les architectes Herzog et de Meuron en 1999. Un parc public -« le jardin du souvenir »- réalisé par l’artiste israélien Dani Karavan, souligne son ancrage au site par une expression quelque peu outrancière du caractère post-industriel et de l’évocation de la ruine. Le long du canal principal, des canaux latéraux alimentés par le drainage des terrains avoisinants ont été aménagés pour accueillir les opérations de logement. Séparés par de vastes espaces verts en cœur d’îlot, ces canaux permettent également de stabiliser le niveau d’eau du port.

L’après-midi a été l’occasion de découvrir la cité de Margarethenhöhe à Essen. Cette cité a été construite entre 1909 et 1938 par l’architecte Georg Metzendorf pour Margarethe Krupp, héritière de l’entreprise du même nom. Metzendorf s’est attaché à appliquer pour la première fois en Allemagne le concept de cité-jardin développé par Ebenezer Howard à la fin du XIXe siècle en alliant urbanisme social, confort moderne et expression pittoresque. Le centre de la composition est marqué par la place du marché organisée autour de l’auberge et de l'ancien établissement de consommation de Krupp transformé en supermarché. Propriété de la Fondation Margarethe Krupp pour l'aide préventive à l'habitation, la cité est classée monument historique depuis 1987.

En fin de journée, l’ascension du terril de Schurenbach à Essen a permis d’expérimenter l’installation de Richard Serra, « Slab for the Ruhr » (1998), réalisée dans le cadre des aménagements de points de vue qui jalonnent l’Emscher Park. Telle une architecture sacrée, l’implantation de cette œuvre constituée d’une plaque d’acier rouillée de 15 mètres de hauteur plantée au sommet d’un terril développe une stratégie d’approche, transformant progressivement l’infini d’un horizon abstrait en paysage industriel. Ces sculptures monumentales, signées par des artistes internationaux, marquent le territoire par des signes identifiables en vision lointaine et donnent à lire, en vision panoramique, un territoire fragmenté et chaotique. L’art contemporain devient un prétexte qui révèle le lieu et unifie le territoire.

QUATRIÈME JOUR

Visite du site de Zollverein à Essen. L’histoire du site débute avec Franz Haniel, industriel, qui installe une fonderie dans les années 1830. En 1847, un premier puits d’extraction de houille est foré, suivi d’un second en 1850. Trois autres seront créés par la suite. En 1913, l’extraction occupera une surface de 13 km. Le charbon est transporté par chemin de fer jusqu’à Duisburg. 1926 marque la création d’un trust regroupant sidérurgie et mines de charbon pour pouvoir être un acteur du marché à l’échelle mondial. L’année suivante, les architectes Fritz SCHUPP et Martin KREMMER dessinent les bâtiments visibles aujourd’hui. La construction est réalisée de 1928 à 1932. Le site pourra extraire 12.000 T de houille par jour, soit quatre fois la production journalière usuelle. En 1986, la production est arrêtée concomitamment avec un classement des bâtiments au titre des monuments historiques. Le 14 décembre 2001, Zeche Zollverein est classé patrimoine mondial de l’UNESCO. Le site appartient aujourd’hui à une société de développement régional du Land.

Sans être membres du Bauhaus, les architectes en utilisent ses préceptes : la forme doit procéder de la fonction. Au centre de la composition, s’établi le chevalement qui dominer le site. Passant par ce centre, un premier axe relie l’entrée, la cour d’honneur, le culbuteur et le lavoir à charbon. Un deuxième axe perpendiculaire, celui de l’énergie, regroupe le transformateur, le compresseur et la chaufferie. Une cheminée aujourd’hui, disparue ponctuait cet axe. L’écriture et le langage architecturaux sont ceux du Bauhaus : symétrie des façades, utilisation du verre, du métal et de la brique, structures de portiques métalliques parementés de pans de fer minces. La peau des bâtiments n’est là que pour protéger les machines. Aucune isolation thermique ou phonique pour les ouvriers qui devaient rester peu visibles et dont les conditions de travail étaient jugées secondaires. Pour maintenir un aspect cubique des bâtiments, des acrotères cachent une toiture rampante.

Le plan directeur de réhabilitation du site a été établi par Rem Koolhaas. Si le lavoir et le culbuteur forment un musée de l’exploitation minière, les autres bâtiments ont des fonctions nouvelles : restaurant, bureaux, salles d’exposition, salle de concert, musée du design. Une école de design est construite à l’extrémité du site par les architectes de SANAA sous forme d’un cube de béton perforé. L’épiderme des bâtiments des années 30 est restauré à l’identique. Des incrustements de briques neuves de même aspect sont effectués. Pour répondre aux exigences thermiques contemporaines, une seconde peau intérieure est réalisée en respectant l’emplacement des baies anciennes. A l’extérieur, un escalier roulant autoportant de Rem Koolhaas, reprenant le volume biais d’un tapis roulant, accueille le visiteur vers les salles d’exposition. L’architecte réalise également un escalier lumineux. Le traitement des espaces publics fait l’objet d’une attention particulière, mêlant anciennes voies de chemin de fer transformées en cheminements piéton et végétation spontanée. La cokerie, qui conserve cinq cheminées et trois haut-fourneaux, est transformée en salle de répétition pour une compagnie de danse. Son toit est recouvert de panneaux photovoltaïques, manquant le passage de l’énergie fossile à l’énergie renouvelable.

 

Mis à jour (Mardi, 17 Novembre 2009 09:14)